Portraits croisés : Formidable For Me Lab !

Portraits croisés : Formidable For Me Lab !

Amies de longue date, Jordane et Géraldine ont travaillé dix ans ensemble avant de lancer, en mai 2016 sur le web, un projet qui leur ressemble : For Me Lab. Une entreprise de création de meubles artisanaux et éthiques réalisés à la commande et sur mesure pour les particuliers ou de prestigieuses entreprises.

Désormais leaders de la table sur mesure, For Me Lab et son équipe de 15 personnes développent l’âme de la maison : « créateur de convivialité. Sublimateur d’espace ». Jordane et Géraldine accumulent quant à elles, envies et projets, souhaitant faire de leur entreprise la première marque de mobilier éco responsable.

 

DESKOPOLITAN : Comment vous-êtes vous rencontrées ?

GÉRALDINE : C’est une histoire d’amitié et de jeunesse. Nous nous sommes rencontrées sur les bancs de Dauphine, suivies au Celsa avant de faire un stage puis travailler dix ans au marketing pour les cosmétiques Coty. Dès 2008, j’en avais parlé à Jordane, j’avais déjà envie de monter ma boite. Après Coty en 2012, j’ai travaillé dans la mode mais dans mon parcours, c’était clair que j’allais naturellement vers la création d’entreprise.

JORDANE : Moi, j’ai une carrière plutôt « mono-maniaque », car je suis restée directrice marketing chez Coty ! Mais je sentais que j’en avais fait le tour à force de me poser la question : « il se passe quoi après ? ». En 2015, je me sentais prête à tout lâcher pour me lancer avec le sentiment que c’était maintenant ou jamais !

G : Mais nous ne voulions pas monter une entreprise, juste pour en monter une ! Nous souhaitions créer quelque chose qui nous ressemble teinté de nos valeurs.

 

DP : Comment est née l’aventure de For Me Lab ?

G : L’idée est venue lorsque j’aménageais ma maison et que je cherchais une table pour ma salle à manger. Je ne trouvais rien qui me plaise et n’avais pas envie de courir les showrooms. La seule manière d’obtenir la table de mes rêves était de la faire réaliser par un artisan. Sans connaitre particulièrement ce milieu, c’est comme cela que l’idée est née. Je l’ai évoquée à Jordane et on s’est senties assez fortes pour se lancer dans ces belles créations artisanales, à la demande et sur mesure.

J : Fin 2015, Géraldine est donc partie en chasse d’artisans, repérer les talents et les faire adhérer à notre démarche et nos valeurs. Nous avons également prospecté auprès de clients potentiels et j’ai commencé à préparer le site… En mai 2016, nous étions en live auprès d’amis et notre propre communauté sur les réseaux sociaux. Ça a pris tout de suite auprès de trentenaires à la recherche de produits ayant du sens… et auprès d’artisans constatant que nous pouvions leur apporter du travail…

G : …Avec eux, nous voulons également moderniser l’artisanat, inclure l’humain et la notion de temps. Dès le départ, nous prévenons nos clients : « vous ne serez pas livré en un jour ». Des créations à la commande qui implique également de ne pas stocker ni faire de soldes. Nous avons commencé uniquement avec des artisans français, mais développant de plus en plus de volume, nous avons élargi notre champ d’action tout en restant local et européen. Lorsque nous devons livrer à Lille, produire aux Pays-Bas respecte le circuit court… D’autant que ce pays est l’un des plus écolos. Finalement, nous sommes « Made in Artisans » avec davantage une recherche des savoir-faire et des talents que des lieux.

DP : Vous êtes amies depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de problèmes d’ego entre vous ?

J : Ego, je ne pense pas ! Aucune de nous deux n’avons de problème d’ego. On se connait vraiment très bien, nous travaillons depuis quinze ans ensemble mais, c’est vrai, nous sommes assez différentes.
Nous nous sommes assez logiquement réparties le travail et les rôles mais lorsque l’on monte une boite à deux on est condamné à tomber d‘accord. Autrement, nous n’avons pas peur d’affirmer nos idées, c’est sain, mais nous prenons toujours la dernière décision… ensemble. Nous sommes dans la complémentarité !

G : On s’est posé beaucoup de questions car nous n’avions surtout pas envie d’abimer notre amitié. « Nous sommes les meilleures amies » comme on dit ! Les premiers temps ont été plutôt difficiles en raison du stress et de la pression. Nous avions lâché nos jobs et ne savions pas si notre projet allait fonctionner. Lorsque l’on monte une entreprise on passe par des émotions que l’on n’a jamais connues avant incluant des hauts et des bas. Il arrive de faire peser son stress sur l’autre, comme dans un couple. Nous sommes plus sereines aujourd’hui à contenir nos émotions et plus le temps passe, plus je me rends compte à quel point nous sommes complémentaires. On cherchait l’aventure, on l’a trouvée !

 

DP : Cette symbiose, la ressentez-vous également avec vos artisans ?

J : Nous les connaissons tous très bien, au minimum via un écran, mais la plupart du temps on s’éclate dans leurs ateliers ! C’est important pour nous de voir leur façon de vivre et de manager.
Ce n’est pas du marketing mais la colonne vertébrale de ce que nous faisons. Nous vendons le fruit de leur travail. Cette harmonie professionnelle et la qualité de nos relations est indispensable… Nous sommes même parties dix jours un été, faire une tournée des artisans en camion !

G : Il fallait nous voir avec notre gros camion sur l’autoroute ! On s’est aussi bien amusées… Nous sommes même allées jusqu’à Berlin ! Cette proximité est très importante. On a dû se séparer d’artisans uniquement parce que nous n’arrivions pas à communiquer convenablement. Avec eux également nous avons pas mal de points communs.

DM : Outre le mobilier, luminaire ou décoration font partie de votre catalogue… Quelle est votre clientèle ?

G : Nous avons commencé encore plus largement avec des produits lifestyle et même des bijoux sur mesure. On a testé d’autres catégories avant de les abandonner pour se focaliser sur le mobilier. Il faut comprendre que faire ce que nous faisons — des produits sur mesure et à l’unité — uniquement pour les particuliers ne serait pas rentable car notre business model repose sur des marges relativement faibles. Nous avons débuté avec du B to C mais aujourd’hui, 80% de nos ventes viennent du B to B, — restaurants, architectes, espaces de travail… — avec la table, notre produit phare, acheté souvent pour plusieurs dizaines d’années. Nous sommes du reste les leaders de la table sur mesure et reconnues comme tel. Nous adorerions vendre davantage aux particuliers, mais nous n’avons pas la structure. Il nous faudrait, par exemple, plusieurs show-room. Peut-être pour l’avenir !

J : Lorsque Géraldine parle de table, c’est au sens large. Bureau, table de restaurant ou bistrot, table avec boitier électrique, table conviviale pour réunion… Car, outre nos réalisations destinées aux particuliers, nous travaillons pour des environnements autour de la vie professionnelle et l’évolution des agencements d’entreprise qui cherchent à se différencier et donner envie à leurs salariés. Finalement, nos clients viennent chercher chez nous cet esprit de convivialité, de bien-être et d’authenticité. Nous avons encore un gros travail d’exploration à construire autour de ça. Notre marque est encore en développement …

G : Ce qui est intéressant pour nous, c’est de s’inspirer des intérieurs de la maison pour créer des univers du B to B. C’est très dans l’air du temps. Des espaces de vie professionnels agréables, conviviaux, très cocooning, du mobilier que l’on pourrait retrouver chez nous, très éloigné des meubles tout blancs que nous avons tous connu !

 

DP : Outre les produits For Me Lab, comment sont aménagés vos appartements respectifs ?

G : J’adore le vintage qui se marie très bien avec l’artisanat et fait également partie de cette notion de recyclage. S’y ajoutent les histoires que véhiculent ces produits. Nous travaillons avec un artisan rénovant des buffets des années 50 et nous aimerions développer davantage cela. J’aime également le design ou le mobilier contemporain, pas forcément de grands designers ou de marques très connues, plutôt des créations artisanales qui apportent de la chaleur et de l’authenticité comme les Vanska d’origine marocaine.

J : Idem pour moi dans ces choix ! Ce que nous aimons pour nos intérieurs, l’une comme l’autre, ce sont ces pièces uniques faisant la vraie différence.

DP : Malgré cela, évitez-vous certains styles ou certaines créations ?

G : Est-ce que l’on achète chez Ikéa ? C’est ça la question ? (Rires). Ce que j’aime ne m’empêche pas d’acheter des meubles Ikéa, mais j’avoue que j’ai du mal même si cela reste des produits bien faits, accessibles et parfaits parfois en complément. On ne peut pas tout faire sur mesure…

J : Il faut être cohérentes jusqu’au bout, notre but n’est pas de fourguer du For Me Lab partout et à tout prix ! Mais sans parler d’Ikéa, lorsqu’on nous interroge sur l’aménagement d’un lieu, nous souhaitons avant tout imaginer et créer un univers, une ambiance. Nous aimons mélanger les styles chez nos clients comme chez nous.

 

DP : Il y a d’autres combats chez For Me Lab ?

G : Ma bataille actuelle, c’est le plastique ! Aujourd’hui, il y a plein d’alternatives et je suis à fond dans la gestion des déchets. Il faut que les produits soient recyclables. Dans le mobilier, c’est moins évident qu’au supermarché, mais c’est l’étape d’après. Il ne me viendrait pas à l’idée d’acheter certains sièges en plastique non recyclable !

J : Non, moi j’adore le plastique et je jette tout ! (Rires). En fait, la démarche du zéro plastique est très compliquée et a souvent un cout… Que ce soit pour For Me Lab ou à titre personnel, nous essayons d’être vertueuses et d’utiliser des matériaux émanant de filières responsables.

G : Outre le bois, notre passion première, nous voulons effectivement nous tourner vers de nouveaux matériaux, de nouveaux concepts. Plus qu’une marque d’artisanat nous souhaitons rapidement être reconnues comme la première marque de mobilier éco responsable. C’est notre ADN. Il y a encore un gros travail à faire surtout dans le mobilier d’entreprise où tout part le plus souvent à la benne. C’est pour cela que nous avons mis au point un système de location d’espace de bureau sur mesure, afin de permettre le changement tout en s’engageant sur le recyclage de ce qui n’est pas conservé !

 

DP : Justement, qu’avez-vous tendance à rejeter ?

G : Le choix de la facilité ! D’aller acheter du made in China chez Alinéa. Il y a toujours une meilleure solution que de trouver une chaise à 19 euros en plastique… Pour le même prix, vous trouverez deux tabourets en bois dans une vieille brocante et ça aura beaucoup plus de classe !

J : Les gens qui achètent de l’ultra ponctuel. Quelque chose pour un mois en attendant de trouver ou recevoir autre chose. Je rejette la surconsommation et surtout les mauvaises pratiques de consommation, les phrases du type : « c’est pas cher, je m’en fiche ! ». Par exemple, j’ai des meubles Ikéa… Mais depuis près de 10 ans !

 

DP : Outre l’une de vos créations, quelle est pour vous la pièce la plus iconique ?

J : Le canapé Togo créé en 1973 par Michel Ducaroy pour Ligne Roset. Il est toujours d’actualité, se fabrique encore ou se chine pour les versions vintage. Je l’aime vraiment beaucoup.

G : Les chaises de Charles et Ray Eames que je trouve toujours aussi belles même si, hélas, elles sont énormément copiées. Mais attention, les vraies, celles en fibre de verre… Pas en plastique !

Interview réalisée et rédigée par Vincent Vidal.
formelab.com